Pas de frontières pour la pollution : relever le défi dans toute l’Île-de-France

La Ministre de l’écologie Ségolène Royal vient de présenter la feuille de route du gouvernement retraçant les engagements issus de la conférence environnementale de novembre 2014. Parmi les politiques qui seront mises en œuvre figurent des mesures ambitieuses pour lutter contre la pollution automobile et sortir du diesel.

Une feuille de route gouvernementale cohérente avec la présentation le 9 février par la Maire de Paris Anne Hidalgo en Conseil de Paris d’un projet de plan contre la pollution démontrant une nouvelle fois le volontarisme de Paris en la matière, qui a pu susciter des interrogations quant à un éventuel déséquilibre entre la capitale et l’ensemble de l’Île-de-France.

Un double constat s’impose à nous, deux réalités que nul ne peut ignorer.

Premier constat : la pollution due aux particules fines tue. Elle est la cause de maladies respiratoires et cardio-vasculaires, elle réduit de 6 à 9 mois notre espérance de vie, et cause chaque année le décès prématuré de 42.000 personnes en France. Et cette pollution est due en grande partie au trafic routier, au diesel en particulier ainsi qu’au freinage des véhicules .

Deuxième réalité : les Franciliens résidant en grande couronne, que ce soit par choix ou par nécessité en raison des prix trop élevés de l’immobilier en zone dense, ont besoin de leurs véhicules. Résidant loin de leur lieu de travail dans des territoires parfois éloignés de transports en commun, ils dépendent de leur voiture pour amener leurs enfants à l’école, faire leurs courses, accéder aux équipements sportifs et culturels, et bien évidemment travailler.

La confrontation de ces deux réalités est-elle inextricable ? S’y résigner serait abdiquer toute responsabilité politique, alors que l’Île-de-France accueillera à la fin de l’année la 21ème conférence sur le Climat, la fameuse COP 21. Le gouvernement a décidé de saisir ce sujet à bras le corps et d’y remédier ; nous, élus d’Île-de-France, devons appuyer et amplifier cette démarche. Car nous devons tout à la fois soutenir tous les Franciliens dans leurs difficultés quotidiennes, et lutter contre cette pollution qui ne s’arrête pas aux frontières de Paris ni même de la petite couronne, et qui menace la santé voire la vie de tous les Franciliens où qu’ils résident.

Le plan anti-pollution présenté ces jours derniers à Paris est cohérent, le cœur de l’agglomération concentrant le plus haut niveau de pollution atmosphérique. Il prendra sa pleine mesure demain avec la création de la métropole du Grand Paris, qui permettra sur cette question une meilleure cohésion et donc une plus grande efficacité des politiques publiques : c’est tout l’objet des concertations menées par Paris avec les collectivités de la petite couronne. Il doit cependant s’inscrire dans une politique à l’échelle de toute l’Île-de-France adaptée à la grande couronne, où les contraintes sont, on l’a dit, bien différentes. Sur cette problématique, comme sur toutes celles qui touchent aux inégalités de territoires et à la transition écologique et énergétique, la Région a un rôle majeur à jouer : ce sont deux des grands défis qu’elle aura à relever dans les années à venir. Comment lutter contre la pollution dans toute l’Île de-France sans en pénaliser les habitants ?

En proposant des alternatives crédibles à la voiture, tout d’abord : la Région œuvre déjà dans ce sens en investissant massivement dans le développement des transports en commun sur tout le territoire et dans l’amélioration du réseau existant, pour que demain chaque Francilien puisse avoir le choix d’utiliser les transports en commun. Le Passe Navigo à tarif unique qui entrera en vigueur à l’automne prochain sera également un puissant outil incitatif, puisqu’il permettra jusqu’à 516 euros d’économie aux abonnés des zones 1 à 5.

Il faudra bien sûr aller plus loin : tant qu’un Francilien passera plus d’une heure dans les bouchons plutôt que d’emprunter le Transilien ou le RER, nous ne réussirons pas à baisser significativement le trafic automobile. Là encore la Région a un rôle à jouer. En améliorant la propreté des infrastructures et du matériel roulant ainsi que l’accès aux gares, en déployant des parkings régionaux à tarifs bas autour des gares. En développant les services aux voyageurs, telles que les consignes pour vélos et poussettes ou pour des achats à distance, des commerces du quotidien, des prêts de livres ou de bandes dessinées … En rendant les lieux d’attente plus agréables, avec des braseros sur les quais en extérieurs ou encore des bornes de recharge pour téléphones portables..Une multitude d’initiatives peuvent rendre le temps d’attente et les trajets plus agréables pour tout un chacun.

Lutter contre la pollution, c’est aussi agir sur le parc de véhicules existant. Si le projet de loi de transition énergétique du gouvernement prévoit la création de zones de circulation restreinte et l’augmentation de la fiscalité du diesel, il propose également des mesures incitatives à destination des particuliers avec la création de bonus écologiques conséquents pour l’achat d’un véhicule électrique ou hybride en remplacement d’une voiture diesel, ou encore la priorité donnée aux véhicules propres dans les zones restreintes et en cas de circulation alternée.

En grande couronne, où la voiture est encore souvent indispensable, ce sont ces mesures incitatives que nous devons accompagner. Par la création d’une prime régionale qui compléterait ce bonus écologique, ou encore par la modulation de la taxe sur les cartes grises qui viendrait favoriser les acquéreurs de véhicules électriques ou hybrides. Encourager les déplacements pas ou peu polluants passera également par la création de voies réservées aux véhicules électriques et au co-voiturage sur les autoroutes, ainsi que par l’accélération du déploiement de bornes de recharge électrique sur tout le territoire et l’aide à l’installation de ces bornes chez les particuliers , ou encore par la création d’un tarif social pour Autolib.De son côté la RATP a annoncé à la demande des élus le bus propre en 2025, nous devons nous appuyer sur les aides du gouvernement pour aller plus vite et accompagner la transition énergétique du matériel roulant de la RATP et du réseau OPTILE.

Au-delà du remplacement du parc automobile, des mesures simples et peu coûteuses pour les particuliers sont possibles : une aide à l’entretien et au réglage des véhicules par le biais d’un chèque régional antipollution en partenariat avec les garagistes, ou encore la mise en place d’aides à la formations et aux stages d’éco-conduite permettant de réduire à la fois les consommations polluantes et les coûts comme les primes d’assurance. L’efficacité des filtres à particules mérite également d’être sérieusement étudiée, et si celle-ci est avérée leur pose pourrait faire l’objet d’une aide régionale. Nous pouvons également réfléchir à tous les déplacements contraints et comment les réduire : télétravail, modulation des horaires, création de bureaux en partage sont des pistes à explorer.

Enfin, si les particuliers sont les premiers touchés par la pollution, ils ne peuvent être les seuls à la combattre. L’incitation au remplacement des véhicules diesel doit s’adresser également aux professionnels et une réflexion doit être menée sur le transport de marchandises afin de limiter le trafic des poids lourds. La réalisation de points logistiques de dégroupement doit être accélérée, ainsi que l’investissement dans des flottes de plus petits gabarits électriques ou hybrides, voire de plateformes pour la livraison des derniers kilomètres, avec comme objectif de ne pas reporter le trafic routier sur les territoires périphériques de Paris.

Nous ne viendrons pas à bout de la pollution automobile du jour au lendemain, mais c’est un défi que nous pouvons relever, ensemble. La mise en œuvre à l’échelle régionale d’un plan anti-pollution automobile à la fois ambitieux et respectueux des besoins des Franciliens est possible. Elle passe à mon sens dans un premier temps par l’incitation et le volontariat puis par l’interdiction et la restriction, comme le propose les plans gouvernementaux et Parisien qui instaurent en premier temps des mesures d’aide tandis que les restrictions n’entreront en vigueur que progressivement. Elle nécessitera une véritable concertation à tous les niveaux. Avec toutes les collectivités franciliennes évidemment, comme le fait Paris avec celles du périmètre métropolitain car elles ont, par leur maîtrise de l’espace public, un rôle essentiel à jouer. Mais aussi et surtout avec les Franciliens, par une concertation publique numérique : les habitants, les usagers , les propriétaires de véhicules non propres et les professionnels ont des besoins à exprimer et des suggestions à faire. Ce n’est qu’avec le concours et l’adhésion de tous que nous viendrons ensemble à bout de ce fléau.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s